Application de l’effet de Halo: le cas Dzhokhar Tsarnaev

Certains disent que le mal est l’absence d’empathie. Il est évident que notre capacité à nous mettre à la place de nos semblables peut nous dissuader d’attenter à leur sécurité. L’empathie est décelable grâce au langage corporel, et se traduit souvent en cours de communication par une symétrie de posture (simulée ou pas) entre deux interlocuteurs. Du calibrage gestuel à la compréhension inédite, il n’y a qu’un pas. Si elle se manifeste à des degrés différents entre des amoureux, des amis, des parents, ou de parfaits inconnus,  l’empathie déploie aussi ses effets en justice. Les citoyens se mettent à la place des victimes pour évaluer leur souffrance, et réfléchissent de façon plus naturelle au parcours d’un criminel lorsqu’ils partagent son origine sociale ou raciale. Parfois même, un criminel, en raison de son apparence physique, va disposer de l’inédite bienveillance d’une partie du public.

tzarnaev

Dzhokhar Tsarnaev est accusé d’avoir placé des bombes à Boston tuant trois personnes, dont un enfant de 8 ans. Dans la mécanique traditionnelle de répartition d’empathie, il est donc le monstre parfait, tueur d’enfants, qui ne devrait susciter que haine, et dont le public scanderait la mise à mort.  On constate pourtant qu’apparaissent des réactions différentes. Dans le Slate, Hanna Rosin écrit à propos de Tsarnaev qu »il est l’objet d’une chaleur et d’une compassion étonnante de la part de certaines adolescentes, et que de nombreuses mères de famille n’hésitent pas à rentrer dans la complainte: « pauvre garçon, quelle tragédie« .

Rosin tente de déterminer les raisons de cette bienveillance, et s’est penchée sur photographies diffusées du jeune homme, ainsi que sur les premières descriptions du tempérament de Tsarnaev que relayèrent les médias quelques heures après son arrestation: « un jeune fumeur de marijuana manipulé par un frère aîné sadique qu’il est désespéré d’avoir tué. »

Depuis longtemps les psychologues s’intéressent à cet effet de l’apparence  sur la perception humaine, appelé Effet de Halo. Le célèbre psychologue Robert Cialdini rappelle avec pertinence le caractère déterminant de l’effet de halo en matière de relations sociales dans son ouvrage consacré à l’influence. Cet effet de notoriété est découvert par Edward Thorndike au début du xxe siècle. Il remarque que la seule apparence affecte la perception qu’on aura de personnes ou de marques. Aujourd’hui, c’est devenu un terme courant dans le langage des ressources humaines. Inversement, des individus ou des marques peuvent être jugés indésirables par un effet de halo renversé, dans lequel un point faible ou un trait négatif va influencer la perception globale que l’observateur s’en fait. On parle alors d’effet de diable

L’effet de halo ne jaillit pas forcément de la beauté physique d’un individu ou du raffinement de sa tenue.C’est la même technique qui, avant qu’elle soit découverte en psychologie, poussait les illusionnistes à recruter des assistantes attirantes et court vêtues, afin de renforcer leur propre charisme et de permettre un meilleur détournement d’attention de leur auditoire. Le physique de l’assistante a un effet contaminant sur l’ensemble du numéro.

Pour exemple, le show de ce Magicien Masqué qui révèle des tours anciens pour la plupart et basés sur d’importantes misdirections renforcées par les assistantes:

Breaking the Magician’s Code: Magic’s Biggest Secrets Finally Revealed

Professeur de psychologie à l’université de Bordeaux, Marilou Bruchon-Schweitzer affirme  que les nourrissons sont victimes de discrimination en raison de leur apparence physique :

« L’effet de Halo est celui selon lequel les individus avec des visages attrayants sont jugés plus heureux, plus aimables et plus intelligents que leurs homologues moins charismatique. Ils sont donc mieux traité tout au long de leur vie, et acquiert des positions sociales plus avantageuses. Des expériences avec des jury simulés ont également montré que lorsque la victime d’un crime est attrayante le prévenu est plus souvent condamné à une peine lourde. »

Dans le cas Tsaernaev, le benjamin de la famille susciterait chez une partie du public de la chaleur parentale.

Si de nos jours plus personne ne cautionne les analyses de Lombroso selon lesquelles un criminel porte sur son visage les caractéristiques de sa dépravation, d’autres études ont cependant montré que l’être humain était capable de deviner avec de bonnes statistiques l’orientation sexuelle d’un individu en le voyant son visage qu’une demi seconde.

De là à discerner les bons côtés de Dzhokhaz Tsaernaev sur la base d’une photo, il n’y a qu’un pas.

Compensons donc la misdirection créée par cette jolie photo instagram en début d’article =>

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John Bastardi Daumont

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